Coups de projecteurs

Édito de la lettre d’information n°108 du 10 février 2012

Dans notre monde globalisé, ainsi va l’actualité : elle zappe d’un sujet à l’autre, au gré des vents porteurs de l’audimat et du sensationnel. Aujourd’hui les projecteurs sont braqués sur la Syrie, au grand dam d’un régime dont le leader commet d’effroyables exactions contre son propre peuple. Passons sur notre complaisance quelque peu aveugle visant à redorer l’image du « bourreau d’Homs » – jusqu’à en faire l’invité d’honneur du 14 juillet – pour nous intéresser au rôle de la Russie et de la Chine qui bloquent actuellement toute initiative – notamment celle de la Ligue arabe – pour faire cesser les agissements criminels du dictateur sanguinaire Bachar Al Assad.

La Russie est une ex-grande puissance qui le redeviendra, une République fédérale autoritaire aux mœurs démocratiques quelque peu particulières. Elle s’est toujours caractérisée par un conservatisme politique certain, notamment pour ce qui est de la politique étrangère. L’ours russe souhaite préserver le partenariat russo-syrien hérité de l’époque soviétique, quitte à cautionner l’indéfendable. Elle ne veut pas perdre le dernier allié stratégique qui lui reste dans la région (base navale de Tartous) et qui lui est indispensable sur un échiquier moyen-oriental où elle entend préserver une certaine influence.

Si la Chine se fait plus discrète, elle n’en est pas moins active sur ce dossier, ne serait-ce que par un triste effet révélateur. La répression féroce et sanglante de la dictature communiste contre les minorités tibétaines et ouïgours, n’ont rien à envier à celle de la Phalange Baas en Syrie, caméras et photos en moins. C’est en effet un huis clos terrible qui se joue aux confins des hauts plateaux tibétains. Désespérés à force d’oppression, d’humiliations et de tortures, une douzaine de moines bouddhistes non violents en sont arrivés en quelques semaines à une issue extrême : l’immolation par le feu. Cela a suscité une légitime colère au sein d’une population exaspérée, ce qui a entraîné en représailles une répression des plus terribles. Le Président Hu Jin Tao, que l’on surnommait en son temps « le boucher de Lhassa », montre si besoin est qu’au-delà d’une façade de respectabilité que veut se donner la Chine moderne, c’est la réalité sordide d’un des régimes les plus oppressants de la planète qui s’impose. Le Président chinois a tout simplement repris à son compte un vieux proverbe chinois cité par Mao lui-même : « quand le sage montre du doigt la lune, l’imbécile regarde le doigt ».

Hélas, quand le projecteur médiatique est braqué sur la Syrie, le citoyen oublie les exactions commises au Tibet, au Yemen, au Sahel, en Colombie, en Tunisie, en Egypte…

 

Amitiés,

Philippe Folliot.

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